POLITIQUE

115 milliards de dollars : nouvelle estimation de la dette de l’indépendance selon le Comité haïtien pour la restitution

Alors qu’Haïti commémore les 200 ans de la dette de l’indépendance, qualifiée de « rançon » par plusieurs historiens , le Comité national haïtien pour la restitution et la réparation (CNHRR) estime à 115 milliards de dollars américains le montant à restituer, selon ses derniers calculs.

Alors qu’Haïti commémore les 200 ans de la dette de l’indépendance, qualifiée de « rançon » par plusieurs historiens , le Comité national haïtien pour la restitution et la réparation (CNHRR) estime à 115 milliards de dollars américains le montant à restituer, selon ses derniers calculs.

 

Fritz Deshommes, ancien recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH) et président du comité, précise que ce chiffre n’inclut pas les préférences commerciales accordées à la France lors de la reconnaissance de l’indépendance. Il faudrait, selon lui, ajouter entre 17 et 20 milliards de dollars pour compenser ces avantages, qui ont également contribué à appauvrir le pays.

 

Pour le CNHRR, Haïti n’a jamais véritablement connu de développement durable depuis 1804. Outre l’instabilité politique et la mauvaise gouvernance, la dette imposée par la France a privé la jeune nation d’une part essentielle de ses ressources, tout en renforçant les intérêts de l’ancienne puissance coloniale.

 

Représentant aujourd’hui la voix officielle du pays sur cette question, le comité a permis à Haïti d’intégrer la Commission des réparations de la CARICOM en juillet 2024. Trois mois plus tard, au terme d’une retraite nationale, il a formulé quinze recommandations pour 2025. Parmi elles, la désignation de l’année comme « l’Année de la restitution à Haïti », l’envoi d’une note diplomatique à Paris, la centralisation des archives avec la Banque de la République d’Haïti, ainsi qu’une réforme éducative valorisant l’histoire nationale, la résistance populaire et la mémoire de l’esclavage.

Le manque de suivi des autorités dans les démarches de la restitution

 

Au 17 avril, aucun arrêté n’a été pris par le Conseil présidentiel de transition (CPT) pour proclamer 2025 comme « l’année de la restitution à Haïti », comme l’avait recommandé le Comité national haïtien pour la restitution et la réparation. Par ailleurs, aucune information n’a été rendue publique concernant la transmission officielle de la lettre de demande de restitution au gouvernement français.

 

Il demeure incertain si des membres du CPT, tels qu’Edgard Leblanc Fils, Leslie Voltaire ou Fritz Alphonse Jean, ont agi en ce sens. Selon Fritz Deshommes, représentant du comité, cette absence de transparence rend toute confirmation impossible, car aucune autorité n’a présenté de rapport à ce sujet.

 

Lors d’un déplacement en janvier au Vatican puis en France, l’ex-président du CPT, Leslie Voltaire, avait pourtant affirmé que le président Emmanuel Macron devait faire une déclaration à l’occasion de l’anniversaire de l’imposition de la rançon. En réaction, Deshommes a invité la France à reconnaître les torts et les injustices subies par Haïti, première république noire.

 

Mais pour certains observateurs, Voltaire a manqué une occasion historique. Dans une interview à des médias français, il a reconnu n’avoir ni abordé l’aspect financier ni évoqué explicitement la restitution, une posture perçue comme un manque de volonté politique de faire avancer ce dossier crucial.

 

Historiquement, les classes populaires, notamment les cultivateurs, se sont opposées à cette dette acceptée par le président Jean-Pierre Boyer, qui avait contracté des emprunts auprès de banques françaises pour la payer. Cette charge supplémentaire est désignée par les historiens comme la « double dette », car Haïti s’est endettée une seconde fois pour s’acquitter de la première.

 

Ce n’est toutefois qu’en avril 2003 que la question a été portée sur la scène internationale, lorsque le président Jean-Bertrand Aristide a officiellement exigé des réparations et la restitution de la somme versée à la France. Un an plus tard, il a été évincé du pouvoir dans ce que beaucoup qualifient de coup d’État.

 

À l’époque, Aristide avait évalué le montant de la dette à 21,7 milliards de dollars.

Un appel de plus à la restitution, dans un contexte de crise économique et sécuritaire

 

Haïti marque les 200 ans de l’imposition de la dette de l’indépendance dans un contexte de crise multidimensionnelle. Sur le plan économique, la situation est particulièrement préoccupante. L’année 2024 a marqué la sixième année consécutive de recul du produit intérieur brut (PIB) d’Haïti, lequel s’élève à 4,37 milliards de dollars, contre 4,56 milliards de dollars l’année précédente. Selon l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI), cela représente une contraction de 4,2 %.

 

Sur les seize branches d’activité économique réparties entre les trois grands secteurs, douze ont enregistré une croissance négative. Les importations comme les exportations ont chuté, illustrant l’état précaire de l’économie nationale. Pour 2025, les perspectives ne sont guère plus optimistes, avec une insécurité croissante, des routes nationales toujours bloquées, et des ports et aéroports fonctionnant au ralenti.

 

Dans ce contexte, Fritz Deshommes estime que le développement d’Haïti est désormais « une urgence absolue ». Même s’il reconnaît que la restitution ne se fera pas en une seule fois, il souligne que ces fonds pourraient permettre au pays de planifier son avenir de manière autonome, en dehors des logiques d’assistanat international.

 

Il met toutefois en garde contre toute tentative de faire passer une aide humanitaire ou des projets de coopération comme une forme de compensation. « La restitution, ce n’est pas de l’aide », insiste-t-il.

 

Pour Deshommes, il est crucial que le pays se dote d’un plan de développement clair incluant des priorités telles que l’éducation, les investissements économiques, et les infrastructures routières et industrielles. Il recommande également un rythme de décaissement transparent et encadré, afin de prévenir tout risque de détournement des fonds.

 

Vérité Infos Plus (VIP)

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page