POLITIQUE

Le gouvernement ordonne le gel des comptes bancaires des individus sanctionnés par l’ONU  

En l’absence de coopération internationale concrète, le gouvernement haïtien tente de montrer sa volonté d’agir contre les criminels sanctionnés, malgré les limites opérationnelles de la mesure.

Par une correspondance datée du 12 mai 2025, le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique a instruit le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince de procéder au gel immédiat des comptes bancaires des individus sanctionnés en Haïti par les Nations Unies.

 

Cette mesure s’étend également à leurs complices, conformément à la résolution 2653 du Conseil de sécurité de l’ONU et au décret du 30 avril 2023 visant à lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Il convient de rappeler que la majorité des personnes sanctionnées par l’ONU sont des chefs de gangs.

 

Cette directive intervient alors que le ministère attend toujours une réponse des ambassades des pays ayant émis ces sanctions. Depuis mars 2025, Haïti sollicite une entraide pénale afin d’obtenir le transfert des dossiers concernés, permettant au gouvernement haïtien de prendre des mesures judiciaires appropriées contre ces individus. Toutefois, en l’absence de retour concret, cette décision apparaît avant tout comme un positionnement gouvernemental face aux sanctions internationales.

 

Le Ministère de la Justice exige également une enquête approfondie sur les activités financières des individus ciblés. Il mandate les institutions spécialisées et les organes de contrôle financier afin de scruter leurs transactions et détecter tout mouvement suspect, dans l’optique de renforcer la surveillance de ces acteurs et de leurs ramifications économiques.

 

Si cette décision traduit la volonté des autorités haïtiennes de se conformer aux dispositifs internationaux de lutte contre le crime financier, son efficacité dépendra largement des moyens mis en œuvre pour identifier les véritables sources de financement de ces individus. Le recours aux comptes bancaires classiques étant souvent limité dans les milieux criminels, l’impact concret de cette mesure reste incertain.

 

En attendant une coopération effective des pays concernés et des avancées sur le suivi des circuits financiers informels, le gel des comptes apparaît comme une démarche essentiellement symbolique. D’autant plus que ces individus, armés illégalement, ne possèdent pas de comptes bancaires à leur nom et opèrent en dehors du système financier traditionnel.

 

Les gangs haïtiens privilégient les transactions en espèces, exploitent des réseaux informels et utilisent des entreprises de façade, rendant ces sanctions inopérantes face aux véritables mécanismes économiques qui alimentent leurs activités criminelles.

 

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